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Comptabilité générale

XI. 40. Le cash flow (1) : qu'est-ce que le cash ?

 

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Texte

 

 

En comptabilité il y a une apparente contradiction :

La résolution de cette contradiction est évidemment que ça dépend des circonstances.

 

 

La comptabilité en partie double a été inventée pour enregistrer les paiements reçus sous la forme non pas d'argent mais de promesse (ce qu'on appelle en anglais "IOU", jeu de mot avec "I owe you", je vous dois)

Cette promesse, reçue en échange de biens, n'est pas de l'argent, mais c'est de la valeur. Elle n'est donc pas enregistrée dans le compte de caisse mais dans un autre compte appelé compte des débiteurs ou compte clients.

Plus généralement, la comptabilité en partie double enregistre toutes sortes de valeurs de nature différente dans des comptes distincts, chacun spécialisé dans un type de valeur.

Dès le Moyen Âge on avait compris que la valeur était le concept qui mesurait le mieux la prospérité d'une entreprise. Ce n'était pas seulement l'argent qu'elle avait en caisse. On l'a vu, l'entreprise peut très bien voir son cash (caisse + banque) augmenter d'une année sur l'autre et néanmoins péricliter.

 

 

Cependant, nous payons avec du cash pas avec une autre sorte de valeur.

Dans cette leçon, nous assimilons le cash aux pièces et billets de banque et l'argent en compte courant à la banque.

D'autre part nous ne traitons pas ici de l'endossement des effets de commerce qui par certains aspects consiste à payer avec de la valeur mais où l'endosseur reste garant.

 

 

Le lien entre valeur et cash est subtil : on peut posséder de la valeur et ne pas pouvoir la transformer rapidement en cash. On l'a vu dans la leçon 38 sur la liquidité qui est une introduction à ce problème.

Un marchand ne peut pas être satisfait seulement d'avoir de plus en plus de marchandises en magasin. Il faut aussi "qu'elles tournent" (en anglais, "that they move"), c'est-à-dire qu'il vende, transforme en cash, achète, vende, transforme en cash, achète, et ainsi de suite, et fasse aussi croître le cash (ou les disponibilités à court terme) dont il dispose.

 

 

Alors, qu'est-ce que le cash ?

La question est difficile et profonde. Qu'est-ce qui distingue le cash d'une autre valeur ? Pourquoi, sauf exception, ne peut-on pas payer avec de la valeur, seulement avec du cash ?

Pour qu'une substance puisse devenir du "cash", il faut que tout le monde l'accepte en paiement quand on lui donne pour payer quelque chose. Nous n'allons pas rentrer dans l'histoire de la monnaie et du troc, d'autant moins que les anthropologues ont montré que les histoires sur "le troc finalement remplacé par la monnaie plus commode" sont des fables inventées par les économistes néoclassiques au XIXe siècle. La monnaie comme les autres institutions sociales a une origine religieuse et sacrée.

Selon les sociétés et les époques, on a pu payer avec des coquillages, des plumes, des hachettes, du poivre, des cigarettes, des bas nylon, des oeufs durs, etc.

Un peu d'histoire sur les métaux précieux comme monnaie nous aidera cependant à comprendre à la fois la simplicité et la subtilité du cash.

Jusqu'à l'avènement de la monnaie papier à cours légal, au XIXe siècle, le cash consistait principalement en les métaux précieux.

 

 

Une pièce d'or a deux valeurs :

Au cours de l'histoire de nombreux monarques ont réduit la quantité d'or contenue dans les pièces tout en conservant le même signe dessus :

Cette dualité de la valeur des pièces en métal précieux conduit à des problèmes.

Quand deux métaux précieux, comme l'or et l'argent, sont utilisés conjointement pour fabriquer des pièces (avec certains pièces en or et d'autres en argent, on parle alors de bimétallisme), les problèmes créés par les quatre valeurs sont encore pires et conduisent à la possibilité de machines à sous.

 

 

La monnaie de papier a commencé à apparaître au XVIIe et XVIIIe siècles, mais c'est seulement au XIXe siècle que chaque Etat accorda à une de ses grandes banques privées le monopole de l'émission de monnaie papier à cours légal. (Les Etats-Unis ne le firent qu'en décembre 1913. Et la Banque de réserve fédérale n'a pas exactement la même structure qu'une banque centrale émettrice ordinaire.)

Dans l'Antiquité et au Moyen Âge, les échanges utilisant de la monnaie étaient l'exception ; la plupart des échanges étaient du troc (tu m'aides à réparer mon étable et je te donne une poule), ou même seulement réglés par la coutume (dans un village chacun aidait aux gros travaux des autres, et bénéficiait à son tour de leur aide).

Notez à ce sujet que celui qui a bénéficié de l'aide des autres doit maintenant à son tour participer à l'aide d'un ou plusieurs autres. Il s'agit en fait d'une monnaie implicite à l'oeuvre. C'est pourquoi les meilleurs analystes des systèmes monétaires ne sont pas des économistes, mais des anthropologues. L'un de nos favoris est Jack Weatherford qui a écrit une History of Money.

C'est aux XVIIe et XVIIIe siècles aussi que des gens comme William Petty (1623-1687) ou John Law (1671-1729) commencèrent à comprendre que pour produire et échanger et être prospère un pays a besoin de monnaie, mais que celle-ci n'a pas besoin d'être en métal précieux. Elle peut consister en de pures signes sur des bouts de papier (= des billets).

 

 

quincampoix
faillite de la banque de Law, rue Quincampoix, Paris, mars à octobre 1720

A la mort de Louis XIV en 1715, les caisse de l'Etat étaient vides.

Malgré la politique "mercantiliste" économe de Colbert (manufactures, protectionnisme, etc.), les quatre guerres menées par Louis XIV et les dépenses extravagantes de la cour de Versailles avaient asséché le Trésor.

John Law suggéra au Régent de fonder une banque qui émettrait du papier-monnaie garanti sur des dépôts d'or et d'autres gages. Elle fonctionna à satisfaction pendant quelques temps. Le Trésor fut à nouveau rempli de métal précieux (car c'était quand même "le vrai argent", pour régler en particulier les mercenaires et les dépenses à l'étranger).

Au bout de quatre ans, cependant, la méfiance et les retraits d'or (par le Prince de Conti par exemple) détruisirent la banque de Law.

 

 

Tout au long du XIXe siècle une controverse (appelée "the Bullion controversy", la controverse des lingots) agita les milieux financiers sur la question de savoir si le papier-monnaie devait être garanti par de l'or et à quelle hauteur ("currency school"), ou bien si ça n'avait pas d'importance "tant que les autorités monétaires se comportaient de manière responsable" ("banking school").

 

 

En fait, de 1870 environ jusqu'à la Première Guerre mondiale, durant la période dite "de l'étalon-or", toutes les devises étaient garanties par l'or.

Un économiste a pu dire : "une livre sterling, un dollar, ou un franc germinal n'étaient que des noms donnés à certains poids d'or."

 

Après la période d'instabilité monétaire des années 20 et 30, depuis Bretton Woods (juillet 1944) jusqu'à 1971 les devises furent à nouveau, avec quelques adaptations, garanties par l'or :

Depuis août 1971, les devises ne sont plus garanties par l'or.

Elles ne représentent plus rien d'autre que les signes sur leurs billets de banques, c'est-à-dire des mesures monétaires abstraites. Et elles flottent les unes par rapport aux autres, c'est-à-dire que leurs taux de change fluctuent en fonction de l'offre et de la demande.

 

 

Le prix de l'or commença à connaître de vastes girations :

gold price

En 2011, il dépassa $1800 l'once. En mai 2016 il est vers $1200. (Il s'agit de l'once troy de 31,1035 grammes.)

 

 

L'une des missions des autorités monétaires dans chaque pays est de préserver la stabilité des prix.

C'est-à-dire qu'un panier représentatif de biens et services courants doit avoir une valeur à peu près stable au cours du temps.

En effet l'inflation est un fléau pour une communauté : les contrats dans le temps qui spécifient des valeurs fixes pour certains produits ou services deviennent sans valeur. Cela détruit le tissu social.

Et la déflation est tout aussi funeste.

 

 

Une idée "de bon sens" pour atteindre cet objectif est de limiter la quantité de monnaie officielle en circulation. (Dans son interprétation stricte, il faut même combattre les monnaies locales.)

Les partisans de cette politique, pour démontrer la justesse de leur point de vue, font observer que durant la Grande Révolution des prix (1500-1650), ceux-ci ont été multipliés par cinq et que durant la même période d'énormes quantités d'or et d'argent sont arrivées du Nouveau Monde en Europe. D'où le lien de cause à effet, d'après eux : la cause étant l'arrivée d'or et l'effet l'augmentation des prix. (Mais on peut sérieusement défendre la thèse inverse.)

D'autres font observer que cette inflation a démarré vers 1470, et que l'arrivée de métal précieux n'a commencé qu'après la conquête de l'Empire inca par Pizarre soixante ans plus tard.

drapiers
"Le Syndic de la guilde des drapiers", Rembrandt
Rijksmuseum, Amsterdam

La Grande Révolution des prix correspond à un transfert du pouvoir social de l'aristocratie terrienne vers les négociants (et, d'après l'auteur, a été causée par ce transfert de pouvoir), et a conduit à la fin de l'Ancien Régime.

Le monétarisme (c'est-à-dire la restriction de la masse monétaire), comme les politiques dites "de rigueur monétaire", provoque en général seulement des tensions sociales, des difficultés pour entreprendre, des faillites, du chômage, etc.

Il y a encore en 2010 des gens pour recommander de revenir à des devises garanties sur l'or pour en quelque sorte limiter automatiquement la masse monétaire. L'auteur n'est pas un partisan d'une telle idée. Beaucoup d'autres évènements vont affecter les devises et les Etats-nations au XXIe siècle, mais c'est une autre histoire...

 

 

Pour conclure, en revenant au cash de l'entreprise :

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