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Comptabilité générale

III. 10. Une page pour enregistrer les débiteurs, une page pour enregistrer les créditeurs : émergence de la comptabilité en partie double

 

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Dans la leçon précédente nous avons vu qu'une promesse de paiement par un client (par exemple une traite) qui arrive dans l'entreprise en échange de la livraison de biens ou la fourniture de services ne peut pas être enregistrée sur la page comptabilisant l'argent qu'a l'entreprise. Cependant c'est de la valeur qui entre dans l'entreprise et fait maintenant partie de ses actifs. Elle sera plus tard transformée en espèces ou en argent à la banque.

Note : dans la suite de ce cours, selon les cas, nous engloberons dans le même concept de cash au sens large les espèces dans la caisse dans les locaux de l'entreprise et l'argent qu'elle a à la banque, ou nous distinguerons les deux. Quand nous distinguerons les deux, le concept de "cash" sera alors utilisé au sens strict et fera seulement référence aux espèces dans la caisse (comptabilisées dans le compte n° 53 du plan comptable général français de la comptabilité des entreprises). L'argent à la banque dans ce deuxième cas sera appelé "l'argent dans le compte courant à la banque" (comptabilisé dans le compte n° 512).

Dans cette leçon exposant les grands principes, nous n'avons pas besoin de distinguer les deux types d'argent que possède l'entreprise (espèces et argent en compte courant à la banque). Nous utilisons le mot "cash" dans son sens large.

 

 

Au lieu de couvrir la page enregistrant le cash de l'entreprise avec des notes dans la marge quand nous recevons des promesses de paiement, en d'autres termes quand nous vendons à crédit, nous les enregistrons sur une autre page intitulée "débiteurs".

A quoi ressemble cette page ?

Eh bien c'est très simple : nous listons une promesse par ligne (un client qui a fait plusieurs achats à crédit à des dates différentes apparaît sur plusieurs lignes). Le montant de chaque promesse est écrit dans une colonne appelée naturellement... débit. En effet, ce client est maintenant notre débiteur. C'est pour cela qu'il est noté sur la page des débiteurs.

La disposition de cette page, dans sa version préliminaire (pas sa version finale) est présentée ci-dessous :

debtors

 

 

De la même manière, quand nous payons un fournisseur avec une promesse qui sera transformée en cash plus tard (c'est-à-dire une promesse que nous paierons plus tard), en d'autres termes quand nous achetons à crédit, nous l'enregistrons dans nos comptes sur une page intitulée "créditeurs". Ce sont des gens qui nous ont fait crédit. Et à côté de leur nom, dans la colonne crédit, est noté le montant de ce crédit, ou si l'on préfère de notre promesse de paiement.

creditors

Noter que nous enregistrons de la valeur qui quitte notre entreprise. C'est de la valeur que nous avons créée ex-nihilo... Elle est donc soustraite à notre entreprise, mais elle arrive dans les comptes de quelqu'un d'autre (le fournisseur qui nous a vendu à crédit) sous forme de valeur qui s'ajoute à ses actifs. Cette capacité de création de valeur ex-nihilo est à la base de deux phénomènes :

 

 

Que faisons-nous quand Stéphane, un peu plus tard, nous paie ?

Nous pourrions annuler les 100 (effacer l'entrée pour Stéphane) de la page "débiteurs", et simplement écrire +100 dans la page enregistrant l'argent entrant, comme nous l'avons fait pour Mamie.

Mais ce n'est pas comme ça que l'on procède. En effet la comptabilité est un processus de collecte d'information, aussi nous ne voulons pas effacer des informations utiles, même si elles peuvent au premier abord ne plus sembler pertinentes.

Nous passons une nouvelle écriture dans la page "débiteurs", sur une nouvelle ligne dans une autre colonne :

when a debtor pays

et nous ajoutons aussi +100 dans la page comptabilisant l'argent.

 

 

Pourquoi ne pas écrire -100 dans la colonne débit ?

La comptabilité en partie double a été inventée entre le XIIe et le XIVe siècle durant le développement extraordinaire que connut l'Europe de l'Ouest. C'est l'époque d'une forte croissance démographique – nous avons commencé à avoir besoin de noms de famille –, de la fondation d'universités, de la construction de cathédrales qualifiées plus tard de "gothiques", de l'organisation des grandes foires médiévales, de la banque, des Croisades, des Templiers. Certains auteurs attribuent à ces derniers l'invention de la lettre de change, pour faire voyager de manière sûre de l' "argent" entre leurs différentes commanderies en Europe et le royaume de Jérusalem.

La numération arabe a aussi été introduite en Europe de l'Ouest à cette période : d'abord par Gerbert d'Aurillac, plus tard connu sous le nom de pape Sylvestre II, qui vers l'an mil inventa un nouveau type d'abaque pour remplacer les calculs avec les chiffres romains – essayez de multiplier LVII par XIII sans passer discrètement par un autre système... –, ensuite par les moines qui traduisirent Al Khwarizmi et d'autres auteurs arabes, enfin par les marchands, et par Fibonacci, le fils d'un marchand, dans son livre "Liber abaci" publié en 1202. Le système arabe de notation des nombres et de calcul était considéré comme très abstrait et se répandit lentement dans toute l'Europe. Les chiffres romains étaient encore en usage dans certaines régions du continent au XVIIe siècle !

La comptabilité en partie double, dont l'invention fut rendue possible par le système de numération arabe, était aussi tout à fait nouvelle et encore plus abstraite. Mais elle était nécessaire pour les activités des grands négociants. Fibonacci était le fils d'un marchand pisan qui a passé quelques temps à Bejaya (anciennement Bougie), sur la côte nord-est de l'Algérie. C'est là que Fibonacci a entendu parler du système de numération arabe.

Les signes arithmétiques + et - n'étaient pas encore inventés. Ils apparurent seulement vers 1500.

Pourquoi la comptabilité en partie double a été rendue possible par le système de numération arabe ? Réponse : car en compta en partie double il faut faire beaucoup d'additions (pas encore de soustractions, on vient de le voir) et que celles-ci sont beaucoup plus faciles à effectuer avec l'algorithme qu'offre la numération arabe qu'avec la numération romaine. Le mot "algorithme" vient du nom de... devinez qui ? Réponse : Al Khwarizmi, dont le nom signifie "qui vient du Khwarezm", car bien qu'il vécût à Bagdad il n'était pas arabe mais perse.

 

 

Quand nous payons par exemple Deirdre, nous faisons quelque chose de symétrique : nous faisons une autre écriture dans une nouvelle ligne et une autre colonne de la page "créditeurs".

when we pay a creditor

 

 

Mouvements de valeur :

 

 

Les marchands italiens observèrent que, sur la page "débiteurs", la colonne à côté de la colonne débit fonctionnait comme la colonne crédit de la page "créditeurs".

En effet, la dernière entrée de 100, dans la colonne à droite de la colonne débit (voir image ci-dessous) est de la valeur qui quitte l'entreprise puisqu'elle annule la promesse initiale de Stéphane. Bien sûr au même moment nous enregistrons du cash qui arrive dans l'entreprise (pour un montant de 100). Cela se passe dans la page comptabilisant l'argent que nous avons.

Alors les marchands italiens nommèrent la colonne à droite de la colonne débit, la colonne crédit.

debtors

Nous pouvons faire la même observation dans la page "créditeurs" : quand nous payons un créditeur (un fournisseur ou qui que ce soit à qui nous devions de l'argent), cela annule notre propre promesse que nous lui avions faite. Donc c'est comme de la valeur qui entre dans l'entreprise. Aussi il est naturel de l'enregistrer dans une colonne nommée débit, comme nous faisions sur la page des débiteurs. Et de nouveau, en même temps, nous enregistrons du cash qui quitte l'entreprise : ceci est fait dans la page comptabilisant l'argent qu'on a, ce qu'on peut appeler la "page du cash" ou le "compte de cash".

 

 

Bien sûr dans la page "débiteurs" nous pourrions appeler la colonne débit la colonne "+", et la colonne crédit la colonne "-", puisque nous faisons une écriture dans la colonne débit quand nous ajoutons de la valeur au compte client (= la page "débiteurs"), et nous faisons une écriture dans la colonne crédit quand nous soustrayons de la valeur. Mais, encore une fois, quand la comptabilité en partie double a été inventée, "l'algèbre" (dont le nom dérive du livre "Kitab al-Jabr" d'Al Khwarizmi, écrit vers 820 lors de l'apogée des Abbassides) était une discipline tout à fait nouvelle et abstraite en Europe, et les signes + et - n'étaient pas encore inventés.

 

 

La procédure pour enregistrer dans une colonne débit de la valeur entrante, et dans une colonne crédit de la valeur sortante, peut parfaitement être utilisée aussi pour la page comptabilisant l'argent qu'on a.

Comme on vient de le voir, on l'appellera le "compte de cash".

Et les deux colonnes peuvent être généralisées à toutes sortes de "pages" (que nous appellerons des comptes) enregistrant des valeurs de même nature (cash, papier client, immobilisations, etc.)

 

 

Finalement nous sommes maintenant en mesure d'examiner, avec la technique complète de la partie double (et non plus de la partie simple), l'enregistrement d'une transaction.

Voyons comment on enregistre la transaction : achat d'une camionnette payée cash

recording a transaction

Quand l'entreprise acquiert une camionnette, la comptabilité va enregistrer de la valeur qui entre (une camionnette), dans un compte nommé par exemple "Moyens de transport" ou "Véhicules" ou ce que vous voudrez, et de la valeur qui sort de l'entreprise (ici, du cash) dans le compte de cash ou "de caisse".

 

 

Pourquoi la comptabilité en partie double est-elle souvent perçue comme si difficile, et les écritures de débit et de crédit laissent-elles souvent si perplexe ?

Réponse : car beaucoup de manuels de comptabilité n'expliquent pas l'origine des inscriptions dans les colonnes débit ou crédit, se contentant d'énoncer dès les premières pages une collection de règles comme, par exemple, "de la valeur qui arrive est un débit quelque part, et de la valeur qui s'en va un crédit". On rencontre même parfois l' "explication" : "débit veut dire gauche, et crédit veut dire droit".

Nous pensons qu'une présentation détaillée de l'origine des débits et des crédits rend la comptabilité en partie double plus facile à apprendre.

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