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Comptabilité générale

X. 38. La notion de liquidité

 

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Il est d'usage quand on présente un bilan de lister les actifs par ordre de liquidité, soit avec une liquidité croissante vers le bas, soit vers le haut.

Dans ce cours, nous listons les actifs avec une liquidité croissante vers le bas.

balance sheet

À l'actif, l'argent en caisse et en banque est le plus liquide. Puis viennent les titres financiers à court terme qui sont un peu moins liquides, puis le papier client, etc., jusqu'aux terrains et aux actifs incorporels qui sont les moins liquides.

Mais que veut-on dire par "liquidité" ?

 

 

Définition de la liquidité : un actif est dit liquide s'il est facile à vendre rapidement sans perte de valeur.

Bien sûr cette définiition est vague et soulève de nombreuses questions. L'objectif de cette leçon est précisément d'améliorer notre compréhension de la valeur, de la monnaie, des investissements (physiques ou financiers) et de la liquidité.

Considérons pour l'instant que la définition est suffisamment claire : un actif a une valeur de marché ; quand nous avons besoin de le vendre rapidement, soit nous obtenons sans difficulté un prix proche de sa valeur de marché, soit non.

 

 

La monnaie officielle (les pièces, billets de banque, et argent en compte courant) est par définition l'actif le plus liquide.

C'est l'actif avec lequel dans les économies modernes nous payons les salaires, les fournisseurs et les autres créanciers.

 

 

Actif non liquide. Voici un exemple : quand vous possédez un appartement dans une ville, c'est un excellent actif. Vous pouvez vivre dedans, ou bien le louer. Mais il n'est pas très liquide. Si pour une raison ou pour une autre vous avez un besoin urgent de cash, et décidez de "réaliser" votre appartement rapidement, c'est-à-dire de le vendre rapidement, vous ne parviendrez généralement pas à le vendre à sa valeur de marché – celle que vous obtiendriez si vous preniez votre temps.

 

 

Vous voulez avoir du cash, pour payer les salaires et les factures au fur et à mesure qu'elles arrivent à échéance, mais vous ne voulez pas en détenir plus que nécessaire. Le cash qui reste inutilisé (on dit en anglais idle, oisif, au repos), vous voulez le "mettre au travail" dans des actifs qui génèrent du revenu, mais tout en restant réalisables rapidement sans perte de valeur.

assets

Ici, 70 de cash ont été investis dans des titres financiers à court terme, par exemple des SICAV (Société d'Investissement à CApital Variable) monétaires, dites encore "sicav à court terme", ou "sicav de trésorerie".

Vocabulaire : une autre dénomination courante en français pour les titres financiers à court terme est "valeurs mobilières de placement".

"Mettre du cash au travail" est une transaction  : on donne du cash à un emprunteur et en échange on reçoit de sa part une promesse. En d'autres termes on achète un titre financier. (Bien sûr on pourrait investir le cash dans un projet physique, mais l'actif ne serait plus liquide. En outre c'est généralement plus risqué.)

bond

Sur la ligne horizontale sont représentés les cash flows sortant de la poche de l'investisseur (flèches vers le bas) ou entrant dans sa poche (flèches vers le haut). Ici l'investisseur = l'entreprise.

Décrivons un investissement financier typique (sur 6 ans) vu du point de vue du prêteur (= investisseur = acheteur) : payer une somme initiale, par exemple 1000 €, à un emprunteur (= vendeur = émetteur), et recevoir au moment de la transaction un contrat de la part de l'emprunteur par lequel il s'engage à payer des "coupons" donnés, par exemple 40 € tous les ans pendant 6 ans, et la sixième année à rembourser aussi le capital initial de 1000 €.

Les titres financiers de court terme fonctionnent selon le même mécanisme, mais sur une période plus courte, de quelques heures à un an. Ils sont très liquides car d'une part ils ne durent pas longtemps, mais en outre, comme tout titre financier, ils peuvent être revendus à un autre investisseur, sur le marché dit secondaire, avant la fin du contrat et sont moins sujets au risque de taux (voir plus bas).

 

 

Dans les conditions économiques normales (desquelles le monde actuel s'éloigne chaque jour un peu plus), la façon la plus sûre d'investir du cash, tout en conservant l'actif liquide, est d'acheter des obligations d'Etat ou de gouvernement à court terme (appelées aussi "bons du Trésor") dans la zone de devise dans laquelle opère principalement votre entreprise.

Vous donnez votre cash et recevez des bons du Trésor, qui produiront des revenus, et que vous pourrez transformer à nouveau en cash aisément quand vous voudrez sans risque de perte de valeur.

D'autres grands emprunteurs solvables (grandes entreprises, régions, etc.) peuvent aussi émettre des obligations qui restent très liquides.

 

 

Risque de taux. Les obligations émises par des grands emprunteurs solvables (gouvernements, régions, grandes entreprises) sont sûres dans le sens qu'il y a peu de risque que l'emprunteur ne paie pas les coupons et le principal comme convenu. Mais si les obligations ont une échéance plus longue que le court terme (court terme = quelques heures à quelques mois, jusqu'à un an) elles sont quand même sujettes au risque de taux.

Voici de quoi il s'agit :

Supposons qu'aujourd'hui je prête à quelqu'un 1000 € sur cinq ans, avec des coupons à 4 % (coupon = intérêt péridodique payé par l'emprunteur).

Supposons que quelques jours plus tard (c'est-à-dire bientôt) il devienne possible de prêter 1000 € dans les mêmes conditions de risque et de temps (= maturité) à 6%.

Alors, il est clair que la promesse que je détiens perd immédiatement de sa valeur.

 

Voyons plus précisément pourquoi. Les calculs habituels sur la valeur présente d'une série de cash flows à venir générés par une obligation sont les suivants :

discounted cash flow

(pour que vous essayiez avec vos propres chiffres, le tableur est ici dcf.xls)

La valeur nominale de l'obligation (= paiement initial que vous faites pour l'acheter) est 1000 €. Ensuite, ligne 10, elle paie 40 € d'intérêts annuels pendant 5 ans. La cinquième année vous êtes aussi remboursé de vos 1000 € initiaux.

En finance élémentaire, on calcule la valeur aujourd'hui (appelée aussi valeur présente, ou valeur actuelle) de chaque cash flow à venir. Si le taux d'intérêt de toutes les obligations comparables est aussi 4%, la série des valeurs présentes, ligne 14, est

38,46 36,98 35,56 34,19 854,80

La somme de ces cinq valeurs présentes est 1000 €, ce qui est normal : cela signifie simplement que vous avez échangé 1000 € contre quelque chose qui vaut 1000 € !

"There ain't no free lunch in life, nor in finance..." (il n'y a pas de déjeuner gratuit dans la vie, ni en finance...) Si on pouvait acheter aujourd'hui pour 1000 € quelque chose qui aujourd'hui vaut 1001 €, cela offrirait la possibilité de fabriquer une machine à sous automatique.

 

Mais si peu après que nous avons investi nos 1000 € dans une obligation à 5 ans et 4%, le taux d'intérêt d'obligations similaires passe à 6%, alors la nouvelle valeur présente de notre obligation devient ceci :

discounted cash flow

Soudainement la valeur de la promesse que nous détenons est devenue 916 € !

Dans notre cours de finance nous expliquons pourquoi 40 € qui seront payés l'an prochain ne valent plus aujourd'hui 38,46 € mais seulement 37,74 €. En bref, si ce cash flow à venir avait une autre valeur que 37,74 €, il existerait une possibilité "d'arbitrage", c'est-à-dire que nous pourrions construire une machine à sous.

Pour terminer, l'effet du risque de taux que nous venons de montrer est plus faible sur les obligations à court terme que sur celles à long terme (nous vous invitons à le vérifier à l'aide du tableur). C'est l'une des raisons pour lesquelles les entreprises parquent leur cash dans des sicav de trésorerie et non dans des obligations à 10 ans.

 

 

Une anecdote sur Nathan Mayer Rothschild et la bataille de Waterloo.

Quand l'Angleterre et ses alliés remportèrent la bataille de Waterloo contre Napoléon, le 18 juin 1815, une rumeur dit qu'à Londres Nathan Mayer Rothschild, qui avait appris le résultat de la bataille avant tout le monde (car les Rothschilds avaient construit pour leur usage privé l'internet de l'époque : un réseau de pigeons voyageurs), vendit de gros paquets d'obligations du gouvernement britannique (appelés "consols", pour "consolidated") et laissa la Bourse croire que l'Angleterre avait perdu. Le cours des consols baissa, car l'Angleterre devrait relever le taux d'intérêt qu'elle payait pour continuer à emprunter. Puis Rothschild et des hommes de paille rachetèrent discrètement autant de consols qu'ils purent sans faire remonter les cours. Ce serait l'origine de la fortune des Rothschilds.

La véracité de l'anecdote est disputée, mais, vraie ou non, elle illustre bien le risque de taux.

Elle illustre aussi – bien que le dicton dise que "le temps c'est de l'argent" – que c'est surtout l'information qui est de l'argent.

 

 

Rappelez-vous que nous voulons que nos actifs ne perdent pas leur valeur (mais, au contraire, en gagnent le plus possible).

assets

Nous voulons aussi que les "outils" de notre entreprise soient bien réglés afin de créer du profit.

En tout cas c'est la pensée commune dans le monde occidental.

Il y a d'autres façons de penser aux entreprises. Après tout, qu'une entreprise produise des biens et services et paie des salaires, pourrait être considéré comme un objectif tout à fait satisfaisant.

 

 

Les raisonnements économiques sous-jacents à l'activité économique dans le monde occidental conduisent à des paradoxes. Par exemple, General Electric, pendant des années, a gagné beaucoup plus d'argent avec ses activités financières et bancaires qu'avec la fabrication d'ampoules, d'appareils électro-ménagers et de moteurs électriques.

Les moteurs du capitalisme moderne semblent parfois conduire à la disparition de la production de biens et services au profit d'activités financières. Bien sûr, cela ne peut conduire qu'à la destruction de la société.

 

Donc, l'objectif standard pour les entreprises est de faire des profits.

Mesurés comment ?

Réponse : en unité monétaire, c'est-à-dire avec pour aune la liquidité.

Notez qu'assimiler la liquidité, dans une zone monétaire, au cash en circulation plus les comptes à vue est une notion restrictive. La masse monétaire, contrôlée par la monnaie-banque-centrale et les régulations imposées aux banques secondaires, est un concept creux. Et méditer gravement pour savoir si les comptes d'épargne, les bons du Trésor, ou d'autres instruments financiers devraient être ou non inclus dans la masse monétaire est dénué de sens : la monnaie est n'importe quoi qui est accepté comme moyen de paiement et qui conserve peu ou prou son pouvoir d'achat.

 

Rappelez-vous : la comptabilité n'est pas une activité de modestes exécutants (de bean counters, compteurs de fèves, comme dit une expression anglo-saxonne) travaillant dans des bureaux à enregistrer et payer des factures ; sa maîtrise est au coeur de la compréhension des théories économiques, de la valeur, de la finance et de la monnaie.

 

 

Mais la vraie aune pour la valeur est la préservation du pouvoir d'achat de ce que nous possédons.

Les devises sont peut-être une unité de mesure défectueuse, et un moyen de faire des réserves encore plus défectueux.

 

putin jiabao

Le 23 novembre 2010, lors d'une réunion à Saint-Petersbourg, Vladimir Poutine et Wen Jiabao ont annoncé que le dollar ne serait plus la seule devise utilisée pour les échanges commerciaux entre la Russie et la Chine.

 

 

Dans cette leçon sur la liquidité, nous nous sommes apparemment aventurés loin de la comptabilité, du journal, des comptes et des bilans. C'était l'occasion pour nous de commencer à avoir une vision plus vaste de la comptabilité et de penser avec une vue en hauteur aux investissements, à la monnaie et aux devises.

La maîtrise de la comptabilité est un pré-requis pour comprendre la finance et la monnaie. La plupart des secrets de la finance et de la monnaie sont cachés dans le concept de transaction, particulièrement quand un des deux mouvements est un crédit.

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